Tourisme Remiremont Plombières-les-Bains dans les Vosges, Lorraine, France

L’ogre de la Croisette – Les contes d’Armand Dangeville #1

Publié le 1 septembre 2022

Ancien professeur au Val-d’Ajol, Armand Dangeville aime faire découvrir au plus grand nombre la géologie et l’histoire de sa commune. Armé de sa plume, il a écrit de nombreux contes que nous avons l’honneur de vous partager sur notre blog.

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Les Anciens de la Croisette en parlent encore aux veillées du samedi soir. Il y a bien longtemps, vivait au levant de la Croisette un jeune homme, fermier de son état sur les terres mystérieuses du plateau. Il était connu de tous car il était intrépide et n’avait peur de rien. Son entourage l’appelait Del sans qu’on connût l’origine de son patronyme. Bien qu’habitué à aller aux champs au-delà de l’étang des Prêtres, le jeune fermier se perdit un jour d’automne dans les bois alors qu’il cueillait le champignon en cette fin de septembre si prolifique.

 

Après avoir marché longtemps sous les sapins à travers les broussailles et les fougères aigle en direction de la vallée puis avoir traversé une grande futaie toute sombre, il s’endormit dans le Chanot au pied d’un chêne, vaincu par la fatigue. À son réveil, il aperçut une petite lumière à travers les branchages et se dirigea vers la maison. Il frappa énergiquement à la porte. Une jeune fille vint lui ouvrir.

« Je suis moulu de fatigue et j’ai perdu mon chemin, dit-il. Donnez-moi s’il vous plaît asile pour la nuit.

– Mon père est un ogre, dit-elle ; toute la nuit, il parcourt les bois à la recherche de gibier et il dort dans la journée. S’il vous trouve ici en rentrant, il vous dévorera. »

Mais la fatigue extrême poussa le pauvre Del à entrer malgré cette mise en garde. À peine eut-il refermé la porte que l’ogre arriva.

« Je sens ici la chair fraîche, hum !!! hum !!!, gronda-t-il.

– Mon père, un beau jeune homme est là-haut qui dort. Il est très adroit de ses mains et il connaît mille métiers.

– Fort bien, hurla-t-il, je vais l’appeler. »

 

Réveillé par les hurlements qui faisaient trembler les murs, le pauvre paysan fit face à l’ogre.

« Tu vas, lui dit-il avec force menaces, creuser un trou et trouver de l’eau ! Je veux y construire un puits. Si tu n’as pas terminé ton travail à midi, je te dévorerai. »

Se souvenant des conseils de son père le sourcier, il s’empara de la tige de noisetier et arpenta les champs, localisa un emplacement et se mit à l’ouvrage dans l’instant, creusa, creusa, mes amis, sans trouver trace du précieux liquide. Il usa trois pelles sans parvenir au bout de l’ouvrage.

La fille de l’ogre, connue sous le nom de Rosine aux yeux d’or, arriva sur le coup de midi.

« Comment va ton travail, mon ami ?

– Ah, pauvre demoiselle, l’argile est dure, les moraines trop lourdes à porter et trois éboulements ont retardé mon travail. Je n’y arriverai jamais ! »

Les yeux de la demoiselle s’allumèrent et d’un geste large avec sa baguette, elle fit jaillir l’eau du trou.

Midi sonnant, l’ogre parut et d’une voix tonitruante, dit :

« As-tu terminé ta tâche ?

– Oui, fit Del.

– Fort bien. Demain, tu feras une nouvelle charpente à la ferme et à l’annexe. Si tu n’as pas fini à midi, je te dévorerai ! »

 

Aussitôt, il se mit au travail, abattit trois arbres, scia les troncs pour en faire poutres et planches, arracha la vieille charpente toute vermoulue et couvrit la ferme.

Un peu avant midi, Rosine aux yeux d’or arriva.

« Votre travail avance-t-il ?

– Oh, non, bonne demoiselle, je sue, je cloue mais je n’en viens pas à bout.

La brave fille fit un geste large et comme par enchantement, la maison annexe fut aussitôt couverte. À midi, l’ogre arriva.

« As-tu fini ta besogne ?

– Oui, osa Del complètement abattu.

– C’est bon. »

La fille de l’ogre s’approcha et demanda :

« Que vous a-t-il commandé, mon père ?

– Rien.

– Alors, c’est qu’il veut vous manger. Fuyons ensemble », chuchota Rosine aux yeux d’or, follement amoureuse de Del le paysan, le fossoyeur et couvreur.

 

Sitôt dit, sitôt fait. Ils coururent main dans la main longuement lorsque se retournant, elle vit un homme qui arrivait rapide comme le vent.

« C’est mon père », cria la fille apeurée.

Aussitôt, elle se changea en pommier et changea Del en cueilleur de pommes, son panier sous le bras. L’ogre arriva.

« Brave garçon, n’avez-vous pas vu une demoiselle et un jeune homme passer ?

– Non, non, je n’ai vu personne, souffla le cueilleur. »

L’ogre regagna le logis et dit à sa femme n’avoir vu qu’un pommier et un cueilleur.

« Eh bien, répondit la femme, le pommier, c’était elle et le cueilleur, c’était lui.

– J’y cours de ce pas, vociféra-t-il. »

 

Les deux jeunes gens fuyaient toujours. Se retournant, elle vit à nouveau son père qui accourait rapide comme le vent.

« C’est mon père, cria -t-elle à nouveau ; aussitôt, elle se changea en étang et son amoureux en pêcheur.

– N’avez-vous pas vu un jeune homme et une demoiselle, hurla -t-il ?

– Non, je n’ai vu personne, dit le pêcheur en relevant sa ligne. »

De retour à la maison, l’ogre raconta à nouveau ce qu’il avait vu.

« Eh bien, fit la mère ogresse, l’étang, c’est elle et le pêcheur, c’est lui.

– Cette fois, je les attraperai sans me laisser berner, gronda -t-il en faisant trembler les murs. »

 

Les deux jeunes gens couraient toujours. Se retournant, elle vit l’ogre qui arrivait, rapide comme le vent.

« C’est encore mon père, dit-elle essoufflée. »

Alors, elle se changea en carpe et changea son compagnon en brochet. Quand l’ogre arriva, il voulut saisir la carpe qui faisait un saut mais tomba dans l’étang où il se noya. D’un coup de roseau, les deux amoureux surgirent de l’eau, main dans la main.

Mère ogresse ayant appris l’issue de cette triste journée, s’enfuit dans les bois et on ne la revit plus jamais. On célébra quelque temps plus tard le mariage de Rosine aux yeux d’or et de Del le compagnon aux mille métiers.

 

Tous les fermiers du voisinage se rassemblèrent dans la cour de la ferme pour festoyer, goûter le kirsch de l’année et engloutir l’andouille de la fermière. Cette nuit-là, l’eau coula abondamment à la source et dans le ciel, les toits de la fermette scintillèrent de mille feux, les feux de l’amour.

 

Certains prétendent encore aujourd’hui faussement que le robinet de la source déversait ce jour-là un vin d’un arôme délicat qui faisait la joie des convives mais les multiples témoignages recueillis infirment cette version. Peut-être ceux-là prennent-ils leurs désirs pour une réalité comme le dit la sagesse populaire !!

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